mardi 24 février 2009

Douala Les femmes interdites de sortie après 21h


Pour l`arrivée du Pape Benoît XVI au Cameroun, le Préfet du Wouri fait "nettoyer" les rues.

Les clients "d`Echos de Bonanjo" ont été surpris par la manière avec laquelle, on leur a annoncé l`annulation du spectacle des déesses vendredi dernier, 20 février 2009 à 21heures. Pourtant, une trentaine de minutes avant, les trois danseuses avaient déjà montré un aperçu de ce que sera le spectacle. Le présentateur de la soirée va s`excuser en ces termes: "Nous ne savons pas ce qui s`est passé, mais les filles viennent d`être raflées. Il n`y aura plus ce spectacle". Les danseuses, après avoir fait leur premier show, prenaient de l`air sur le trottoir de "Echos de Bonanjo". C`est sur ces entrefaites qu`elles sont embraquées de force par les éléments du commissariat du 1er arrondissement de Douala à Bonanjo.

Ce n`est alors que le début d`une gigantesque rafle qui va conduire les quatre Hiace bleues nuit de la police et les trois véhicules de marque Toyota des commissaires dans les dédales des quartiers que sont Bonanjo et Akwa jusqu`au Rond point 4e. Les femmes qui sortaient du sport, de la réunion, du travail et certaines jeunes lycéennes qui revenaient d`un anniversaire de leur camarade, etc., sont ainsi raflées les unes après les autres. Que des filles. Que des femmes. Des cas pathétiques sont recensés. Alain Mbanguep, handicapé des pieds et des mains, qui tient une caisse de cigarettes devant la boulangerie Zépol a le visage noyé de larmes: "Je ne sais pas ce que je vais faire. Ma sœur vient tous les soirs à 20h45 mn pour m`aider à fermer et à ranger ma caisse parce que les Nanga-Boko me soutirent de l`argent et la marchandise. Les policiers sont
arrivés vendredi et l`ont arrêté. J`ai déjà supplié, montré sa pièce d`identité, on ne veut pas la laisser sortir."

Crasseuses
Fernand Manga n`a pas bougé de la cour du commissariat du 1er arrondissement depuis vendredi soir. Hier, dimanche matin, il racontait avec le même désespoir ce qui lui est arrivé dans la nuit de vendredi 2 dernier. " Je vis avec une fille depuis trois ans. Nous sommes heureux et j`ai trouvé du boulot. Je l`ai invité à Douala puisqu`elle vit à Yaoundé, pour lui parler du projet de notre mariage. Pour cela, je l`ai amené au restaurant avec sa sœur aînée. Je n`ai rien pu lui dire, la police est intervenue avant que nous puissions entrer dans le restaurant. Pourtant, nous tous avions nos pièces d`identité. Les policiers ont pris seulement les filles et m`ont abandonné sur le trottoir".

Approchés, les éléments du commissariat du 1er arrondissement disent "appliquer à la lettre la décision du préfet du Wouri, Bernard Okalia Bilaï. Nous devons nettoyer les principales rues des quartiers résidentiels sur lesquelles s`accumulent souvent les prostituées. Bientôt le Pape Benoît XVI arrive au Cameroun. Tout doit être propre". Ces femmes et adolescentes vivent depuis vendredi dernier dans les conditions très difficiles entassées dans les cellules du 1er arrondissement. Les asthmatiques et celles qui ont pu payer sont logées au "Hilton", hors des cellules crasseuses. Certaines femmes interpellées vendredi ayant des rapports avec des hauts gradés de la Police ont été immédiatement relâchées ce même soir, sans avoir été entendues sur procès verbal. Pour les autres, les suites étaient attendues hier, lundi 22 février 2009.

Marion Obam

www.quotidienmutations.info

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire