Toutes les 46 femmes restituées à leurs parents par le préfet du Wouri, hier, ne sont pas des " belles de nuit ".
Une ambiance inhabituelle régnait, hier mardi 24 février 2009 au Commissariat du 1er arrondissement de Douala à Bonanjo. Devant les deux entrées du commissariat, une foule compacte était maintenue en respect par les barrières en fer. A partir de 14h, il fallait montrer patte blanche pour passer. Cette " sécurité " s'expliquait par le fait que le Préfet du Wouri, Bernard Okalia Bilaï, a fait diffuser, hier matin, un communiqué où il demandait "aux membres des familles venir assister à la cérémonie de restitution de femmes libres arrêtées dans la nuit de vendredi 20 février 2009. Elles devraient au préalable se munir de leur Cni ou Passeport ". La fameuse cérémonie de restitution va commencer à 14h45mn par l'appel de ces " belles de nuit " prisent entre Bonanjo et Akwa. Des inspecteurs commis à cette tâche vont, à l'entrée de la cellule, prononçé à haute voix leur nom. Par peur d'être filmée, elles vont sortir en couvrant la tête d'un pull over ou d'un foulard. Elles seront installées sous le hangar qui sert de fourrière au commissariat pour attendre l'arrivée du préfet du Wouri.
A 15h20mn Bernard Okalia Bilaï, accompagné de Jean-Claude Etoa Mballa, Sous-préfet de Douala 1er et des commissaires principaux, va commencer la partie officielle de la cérémonie de restitution des filles libres à leurs familles. Très à l'aise et visiblement satisfait de la situation va demander aux inspecteurs de " faire entrer les parents de ces femmes. Il faut qu'ils viennent décharger personnellement et ainsi, ils sauront ce que ces filles font dehors la nuit." Dans le propos qu'il tiendra plus tard à la presse, le Préfet du Wouri précisera que " l'opération de vendredi dernier rentre dans le cadre de la campagne d'assainissement des mœurs engagée il y'a 5 mois à Douala." Opération qui a vu la fermeture de certaines débits de boissons à Village. La décision d'attaquer le Plateau Joss se justifie par " l'attitude inadmissible des prostituées qui font le commerce du sexe devant les domiciles du Gouverneur de la région, du commandant de légion, Préfets et Sous-préfets. Les quartiers résidentiels doivent être respectés. Le Pape Benoit XVI, arrive au pays, nous devons éviter de montrer avec fierté toute cette débauche au monde". Sauf que 5 jours après avoir raflées ces femmes, leur statut de prostituées attribué aux 46 femmes n'est pas établi.
Annoncées 46, c'est finalement 35 femmes qui seront présentes à la cérémonie. Une dizaine ayant été libérée entre-temps parmi lesquelles une stagiaire avocate, une pharmacienne, une responsable marketing dans une boite agroalimentaire. Par contre, Bella Tiga, directrice artistique de l'école de Parfait Behen a perdu le verbe. Elle a présentée toutes ses pièces d'identité comme Paule Ndi Ottou, étudiante à Ndi Samba qui venait de Yaoundé sur invitation de son fiancée pour préparer les détails de leur mariage. Elles n'ont pas été libérées. L'informaticienne Hortense Abbeh, cheveux en bataille et traits tirés, regrette "que malgré nos pièces, nous avons partagé la cellule avec les excréments". Tatiana Ngo Lissouck, avec les cernes qui lui bouffent les yeux, les aisselles blanches et les taches de lait dégoulinant sur son tee-shirt noir, cache mal sa douleur de mère qui n'a pas allaité depuis 5 jours, " mon fils à 4 mois. Son lait était fini et je suis venue chercher une nouvelle boîte à la pharmacie de garde en face de Total Akwa. J'ai été poussé dans la Hiace comme une vulgaire voleuse et traitée de bordel". Le Préfet du Wouri, qui semble maîtriser ces belles de nuit signe " que se sont des prostituées. Il ne faut pas les voir comme ça aussi aujourd'hui. Un fichier est ouvert et si nous les reprenons encore, la procédure pénale sera engagée".
Marion Obam
http://www.quotidienmutations.info/fevrier/1235533108.php
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